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ACTES nº 3 Pourquoi proposer la foi ? Séduits par Dieu, fascinés par l’Evangile. Actes du colloque européen des paroisses - Mons, juillet 2009 (Dir. A. Borras et L. Bressan)

La foi est un trésor. Cette métaphore suggère par elle-même que nous avons affaire à quelque chose qui est précieux, qui a du prix. A l’instar de la perle dans l’Évangile, elle évoque la découverte émerveillée du Royaume qui vaut bien plus que tout ce que l’on possédait auparavant. Dés lors qu’on en a fait la découverte, la foi est l’attitude qui détermine et qualifie notre existence. En ce sens, a posteriori, elle s’avère radicalement nécessaire. Nous ne pouvons plus concevoir de vivre sans croire”¦ en Dieu qui, par le Christ, nous a parlé au cœur de notre condition humaine et qui nous habite par son Esprit Saint. Sans doute est-ce l’expérience commune à tous les participants du colloque européen des paroisses à Mons dont nous reprenons ci-après les actes.

La réflexion contemporaine sur l’être humain - l’anthropologie, en particulier sous l’angle de la psychologie, tout spécialement d’inspiration freudienne - nous conduit à distinguer entre la croyance et la foi. La première est de l’ordre du besoin : j’ai besoin de croire pour de multiples raisons, diverses et même ambiguës. Face à l’angoisse fondamentale qui le saisit dès sa venue au monde, aucun être humain ne peut pas ne pas croire : il a, reçoit et se donne, individuellement et par la culture ambiante, des « croyances ». Il a besoin de croire au moins pour se rassurer, baliser son existence, orienter son agir. Ces croyances sont des représentations de soi, une vision du monde, des valeurs, une image de la divinité, des rêves et des idéaux, etc. qui le font bouger. Tout cela est de l’ordre du besoin. Et dès lors de l’utilité. Même un agnostique a des croyances, en l’occurrence la croyance qu’il peut vivre sans la divinité.

La foi - et singulièrement la foi chrétienne - est de l’ordre du désir. Elle est la découverte que je suis précédé et entouré par l’autre : elle est la découverte que ce que je suis et ce que je deviens ne peut s’accomplir sans l’autre.

La foi conduit à reconnaître que je ne suis pas sans l’autre. Bien plus que c’est l’autre - autrui et le Tout-Autre - qui me constitue parce qu’il m’ouvre à moi et me permet de découvrir en moi de l’insoupçonné, et même de l’impénétrable. Grâce à l’autre qui me constitue, je suis quelqu’un aux yeux de moi-même. Et l’autre n’est pas sous ma maîtrise, ni mon emprise comme l’objet des croyances dont j’ai besoin. L’autre est, comme moi, insaisissable et pourtant éminemment désiré. Je ne suis pas sans lui. Les croyances sont à consommer, à utiliser ; elles sont utiles et nécessaires. La foi en l’autre est à recevoir, à accueillir ; elle est belle parce qu’elle m’ouvre à l’émerveillement, sans jamais me combler ; elle est bonne parce qu’elle m’engage au don en réponse à l’autre dans une réciprocité gracieuse, imméritée ; elle est vraie parce qu’elle m’invite à espérer comme on dit qu’une relation est vraie quand elle ne déçoit pas. La foi est de l’ordre du désir. Elle est l’indice d’une humanité accomplie - sans jamais être parachevée, c’est-à-dire parfaite. Cette foi est intimement liée à l’amour et à la charité, à l’éros et à l’agapé. Puisque l’amour est d’abord sinon tout autant l’expérience d’être aimé, la foi comme l’amour est intimement liée à l’espérance. La foi, chrétienne en particulier, se traduit en une posture diaconale - il y va de sa vérité - et un style de vie où l’espérance nous construit en raison d’une Parole, d’une promesse qui annonce pour soi, pour autrui, pour tout être humain sans exception et sans exclusive, pour toute l’humanité « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21).

Pour croire il nous faut être pauvre : si nous sommes pleins de nous-mêmes et si nous avons satisfait tous nos besoins, nous n’avons ni la liberté d’aimer et d’être aimé, ni l’ouverture indispensable pour que l’autre vienne nous révéler à nous-mêmes. Je rappelle volontiers le constat entendu durant le colloque : « on n’en fait pas assez, mais on en a plus qu’assez ! ». Il y a lieu de se demander si cette frénésie, à l’instar de l’activisme de nos contemporains hypermodernes, ne cache pas maladroitement une angoisse d’exister et d’être reconnu. Ne dissimule-t-elle pas un besoin de toute-puissance, voire d’omniprésence pastorale et apostolique”¦ ? J’en viens par là au thème du dépouillement évoqué par Paul Scolas. Nous sommes dans une Église en voie de dépouillement : je suis convaincu que nous avons à assumer librement et joyeusement cette pauvreté. La plupart des « ressources » évoquées par Paul Scolas et Stijn Van den Bossche requièrent de près ou de loin d’être « pauvre » de l’autre, mendiant de Dieu. Elles nous ramènent au désir, à la grâce imméritée d’être aimé ; elles nous incitent à accueillir la vie comme un don et nous conduisent à reconnaître que notre existence autant que l’histoire humaine ont été « justifiées » par la venue de Dieu, son désir de nous rencontrer et d’établir une alliance.

La vocation chrétienne nous inscrit dans une relation où, par grâce, nous sommes invités à vivre pas sans l’autre - autrui ou le Tout-Autre. L’Église se reconnaît non comme un but en soi, mais pas sans le Royaume. Le Christ, Parole de Dieu assumant notre humanité, ne se donne pas sans nous avec qui il a voulu prendre corps. Le mariage, icône de l’alliance, dit bien le mystère de la vie entre un homme et une femme pas sans l’autre, reliés par un désir réciproque dès lors qu’il s’agit de se donner et de se recevoir. L’Évangile comme Bonne Nouvelle n’est pas sans sa communication. Il n’est pas sans sa transmission et singulièrement la traditio du témoin qui, à l’instar de son Maître et Seigneur, est appelé à livrer sa vie. Son existence est éminemment sacerdotale.

Dans cette perspective, l’irruption de l’Évangile dans l’histoire comme dans nos vies nous invite à des ruptures, à des décisions et à des conversions où se jouent toujours la dignité de l’être humain et l’honneur de Dieu.

Alphonse Borras (Université Catholique de Louvain)

 
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